Près de trois mois après l’adoption de la feuille de route pour un dialogue national inclusif censé freiner la crise politique et sécuritaire dans l’Est, les confessions religieuses congolaises attendent toujours que le Président donne le signal et convoque enfin le dialogue.
Pourquoi l’Église appelle au dialogue ?
Face à la persistance des conflits dans l’Est, aux contestations politiques internes et à un climat social instable, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) estime qu’un espace de discussion est devenu indispensable pour éviter une fragmentation plus profonde du pays.
Les évêques justifient leur démarche par trois constats majeurs :
L’aggravation de la crise sécuritaire, notamment avec l’avancée du M23/AFC et l’effondrement humanitaire dans plusieurs provinces.
La montée des tensions politiques, alimentées par les divisions entre institutions et les appels récurrents de l’opposition à un « réajustement » du processus démocratique.
L’essoufflement du dialogue national, les plateformes politiques n’ayant plus d’espace formel pour résoudre pacifiquement leurs différends.
Une initiative qui se veut inclusive
La CENCO insiste : toute solution durable doit impliquer tous les acteurs nationaux, y compris :
la majorité au pouvoir,
l’opposition,
la société civile,
les communautés religieuses,
les leaders communautaires,
et les partenaires régionaux impliqués dans la crise sécuritaire.
L’Église met en garde contre un dialogue « entre alliés » ou un « arrangement fermé », estimant qu’un processus crédible doit reposer sur la transparence, la neutralité et la bonne foi des participants.
Réactions contrastées sur la scène politique
L’appel des évêques suscite déjà des positions divergentes :
Certains acteurs politiques y voient une opportunité pour désamorcer les tensions, surtout dans un contexte de méfiance généralisée.
D’autres accusent l’Église de vouloir « interférer dans la gestion de l’État », tout en reconnaissant son influence et sa capacité à mobiliser.
Une partie de l’opposition estime que ce dialogue doit conduire à un rééquilibrage institutionnel, voire à des réformes profondes.
Une démarche observée à l’international
Les partenaires extérieurs suivent de près cette initiative.
L’ONU, l’Union africaine et plusieurs chancelleries occidentales se disent favorables à toute démarche pouvant réduire les tensions, surtout au moment où la région des Grands Lacs reste en crise.
Cependant, aucun appui formel n’a encore été annoncé.
Les enjeux majeurs du futur dialogue
Selon les analyses convergentes, un éventuel dialogue impulsé par la CENCO devrait s’articuler autour de quatre piliers :
Sécurité et souveraineté : situation dans l’Est, processus de paix, coordination avec les initiatives africaines et internationales.
Gouvernance : transparence électorale, justice, lutte contre la corruption.
Cohésion nationale : réconciliation, tensions communautaires, protection des minorités.
Situation socio-économique : coût de la vie, services publics, soutien aux populations déplacées.
La CENCO rappelle : « Nous ne sommes pas un acteur politique »
Les évêques insistent sur leur rôle :
médiateurs,
facilitateurs,
gardien moral de la nation,
et non « une force politique parallèle ».
L’Église affirme vouloir éviter une rupture nationale et pousser les acteurs à « parler avant qu’il ne soit trop tard ».
Punchline Team