Kinshasa face à sa vérité : la Funa reprend son espace, les maisons tombent

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Depuis quelques jours, les bulldozers sillonnent les berges de la rivière Funa. Les murs s’effondrent, les tôles volent, les familles ramassent en urgence ce qu’elles peuvent encore sauver. Kinshasa : Démolition des constructions anarchiques le long de la rivière Funa, un chantier brutal, mais présenté comme “inévitable” par les autorités face au chaos urbanistique qui étouffe la capitale.

Quand la rivière parle, Kinshasa tremble

À chaque saison des pluies, c’est le même scénario :
– quartiers inondés,
– maisons emportées,
– routes coupées,
– pertes humaines,
– et promesses officielles de “remettre de l’ordre”.

Cette fois, la Funa n’a pas seulement débordé. Elle a rappelé une vérité que Kinshasa préfère parfois oublier : on ne négocie pas avec une rivière.
Les démolitions ciblent toutes les constructions jugées illégales, implantées sur l’emprise du lit ou sur les zones réputées inondables.

Des familles sous le choc, une capitale en débat

Sur le terrain, la colère se mélange à la résignation.
Beaucoup affirment avoir vécu là depuis des années, parfois avec des documents d’achat informels, parfois encouragés par l’absence totale d’autorité urbaine.
Aujourd’hui, ils se retrouvent sans abri, en plein cœur de la saison des pluies.

Pour d’autres Kinois, ces opérations sont le triste résultat de décennies de laxisme :

“Si la ville avait contrôlé depuis longtemps, on n’en serait pas là,” entend-on dans les rues.

Un nécessaire nettoyage… ou une punition sociale ?

L’opération révèle une question profonde :
Kinshasa combat-elle réellement l’anarchie urbaine ou s’attaque-t-elle surtout aux plus vulnérables ?

Car pendant que les petites maisons s’effondrent, les Kinois pointent du doigt d’autres constructions massives, tout aussi irrégulières mais toujours debout.
La justice urbaine semble encore à géométrie variable.

Urbanisation, climat et survie : la capitale au bord de la rupture

Avec la montée des eaux, l’érosion et le changement climatique, la capitale vit sous tension permanente.
La Funa, la Lukunga, la Makelele…
Toutes rappellent que Kinshasa est une ville construite sur des risques, et que l’urbanisation incontrôlée menace directement la vie de millions de personnes.

Selon les urbanistes, réhabiliter les rivières, dégager les berges et empêcher les constructions anarchiques est indispensable pour éviter de nouvelles catastrophes meurtrières.

Mais pour que ce travail soit crédible, il doit être équitable, transparent et accompagné de solutions de relocalisation.

Les Kinois veulent la vérité, pas une opération de communication

Dans les quartiers, une phrase revient :

“Nettoyer la ville, oui. Mais pas en laissant nos frères dans la pluie.”

La population attend plus qu’une opération bulldozer :
– un plan d’aménagement clair,
– des alternatives pour les déplacés,
– et surtout un engagement réel à toucher tous les contrevenants, petits comme puissants.

Conclusion : Kinshasa doit choisir son avenir

Les démolitions de la Funa sont un choc, un rappel, une alerte.
Elles soulèvent des questions douloureuses mais nécessaires :
Quelle capitale voulons-nous ? Pour qui ? Et à quel prix ?

Un chantier urbain peut durer une journée.
Reconstruire la confiance, elle, demande beaucoup plus.

Deldique Nsasi

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