Dans une école primaire catholique de la capitale congolaise, la multiplication des contributions suscite l’incompréhension et interroge sur l’accessibilité de l’enseignement.
Kinshasa, 04 décembre 2025, un sentiment d’exaspération gagne de nombreux parents d’élèves d’une école primaire catholique de Kinshasa. Alors que l’année scolaire bat son plein, ils dénoncent une accumulation de frais scolaires qu’ils estiment disproportionnés et parfois insolites, remettant en cause le principe d’une éducation accessible, même au sein du réseau confessionnel.
Le « minerval », frais de scolarité principal, s’élèverait ainsi à 770 dollars américains pour l’année, une somme considérable dans un pays où, selon la Banque mondiale, le RNB par habitant avoisinait les 660 dollars en 2023. À cela s’ajoutent des contributions annexes pour la « salle d’informatique » (50$) et les « livres d’anglais » (15$), sans compter, selon des sources parentales, une liste d’« autres frais » réguliers.
« On est dépassés. Chaque semaine, il y a un nouveau mot dans le cahier de liaison pour demander de l’argent. On a l’impression de payer à la carte, mais sans avoir choisi le menu », confie, sous couvert d’anonymat, un parent de trois enfants scolarisés dans l’établissement.
L’« offrande de la veuve » en période de fêtes : la goutte d’eau qui fait déborder le vase
La situation a atteint un point critique en cette période de festivités de fin d’année. L’école a demandé aux élèves de participer à une quête spéciale, qualifiée d’« offrande de la veuve », à hauteur de 10 000 francs congolais (environ 4 dollars). Si la référence biblique est claire – évoquant le don modeste mais sincère de la veuve dans l’Évangile –, son application sous forme de contribution obligatoire et chiffrée laisse les parents perplexes et amers.
« Demander une ‘offrande de la veuve’ avec un montant fixe, c’est un contresens total. Soit c’est une offrande libre et anonyme, soit c’est une nouvelle cotisation. On ne peut pas avoir les deux », s’indigne une mère de famille, soulignant le caractère moralement pressant d’une telle demande adressée à des enfants.
La question de « l’assurance scolaire » : une nouveauté qui interroge
Parmi les frais récurrents, un autre poste intrigue particulièrement les familles : celui désigné comme « assurance scolaire ».
« Depuis quand les élèves paient l’assurance scolaire ? », s’interrogent plusieurs parents contactés par notre rédaction. Dans de nombreux établissements congolais, les parents payaient chaque année des frais présentés notamment comme « assurance scolaire » ou autres contributions liées à la scolarité. Cependant, l’intitulé, le montant et l’usage réel de ces frais varient d’une école à l’autre et manquent souvent de transparence aux yeux des parents.
Entre missions éducative et réalité économique : le dilemme des écoles confessionnelles
Les écoles catholiques en République Démocratique du Congo, réputées pour la qualité de leur enseignement, fonctionnent largement en autonomie financière. Elles doivent faire face à des dépenses de fonctionnement (salaires du personnel, maintenance, matériel) avec des subventions publiques souvent limitées. Cette réalité économique les contraint à s’appuyer fortement sur les contributions des familles.
L’accumulation et le niveau des frais exigés par cet établissement particulier posent néanmoins la question de l’équilibre entre la nécessité de financer une éducation de qualité et le risque d’exclure financièrement une partie des familles. La référence à une offrande religieuse avec un montant imposé interroge, quant à elle, sur la frontière entre le caractère confessionnel de l’école et ses pratiques de collecte de fonds.
Alors que les fêtes approchent, censées être une période de partage et de paix, de nombreux parents de cette école catholique de Kinshasa se retrouvent à devoir compter à nouveau leurs francs congolais pour boucler un budget scolaire de plus en plus étouffant.
Radima (parent)