Dans un contexte où la pression sécuritaire reste maximale dans l’Est, la Haute Cour militaire vient de rendre un verdict lourd de symbole : quatre hauts gradés des FARDC et de la Police nationale congolaise ont été reconnus coupables de lâcheté devant l’ennemi lors des évènements de Goma, face aux troupes rwandaises et aux rebelles AFC/M23, appuyés par Kigali.
Ce jugement tombe alors que les combats se resserrent autour de Sake, que la plaine de la Ruzizi est frappée par de nouveaux bombardements, et que Kinshasa multiplie les démarches diplomatiques après l’accord de Washington ratifié la semaine dernière.
Des condamnations inédites au sommet de la hiérarchie
Parmi les cinq officiers poursuivis, quatre ont été condamnés. Un signal rare dans l’histoire militaire congolaise, surtout à ce niveau de commandement.
- Jean Romuald Ekuka Lipopo, commissaire divisionnaire et ancien gouverneur du Nord-Kivu : 36 mois de prison.
- Eddy Léonard Mukuna Ntumba, commissaire divisionnaire adjoint : 24 mois.
- Général de brigade Papy Lupembe Mobenzo : 12 mois.
- Danny Yangba Tene, officier supérieur : 12 mois.
Les condamnés doivent également payer 2 826 225 FC de frais d’instance, sous peine de contrainte par corps.
Le cinquième prévenu, le général-major Alengbia Nyetetessya Nzambe Dieu Gentil, décédé en avril 2025, voit l’action publique éteinte.
Un dossier sensible : la chute de Goma continue de produire des secousses
Pour le ministère public, les prévenus « ont failli à leur devoir », facilitant la prise de Goma par les rebelles après un repli jugé stratégique, un épisode toujours au cœur des tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali.
Les charges retenues étaient multiples :
- lâcheté devant l’ennemi,
- perte de matériels militaires,
- incitation à la désobéissance,
- violation de consignes,
- détournement de deniers publics.
Le parquet avait requis des peines allant de 20 ans à la perpétuité. La Cour n’a pas suivi ces réquisitions, mais son verdict reste un message clair : la défaillance au commandement ne sera plus tolérée, surtout au moment où la RDC réclame davantage de fermeté de la communauté internationale face au soutien rwandais au M23.
Défense des prévenus : “Nous avons agi sur ordre”
Les officiers condamnés ont plaidé qu’ils avaient quitté Goma vers le Sud-Kivu sur instruction directe du chef d’état-major général, évoquant un mouvement tactique destiné à éviter un encerclement total.
Un argument rejeté par la Cour, qui estime que les décisions prises ont « compromis la résistance », dans une bataille devenue emblématique du conflit de 2025.
Punchline Team – Analyse
Ce verdict tombe au moment où :
- la MONUSCO accélère son retrait, laissant aux FARDC des fronts fragilisés ;
- l’accord de Washington tente de ramener Kigali et Kinshasa à la table ;
- les bombardements transfrontaliers se multiplient dans la plaine de la Ruzizi ;
- les réformes de l’armée annoncées par le gouvernement Tshisekedi entrent en phase opérationnelle.
Autrement dit :
Le temps de l’impunité dans le commandement militaire semble toucher à sa fin.
La justice militaire envoie un message interne aussi fort que politique : la défense du territoire exige responsabilité, discipline et reddition de comptes.
Dans un pays où la guerre se joue autant sur le terrain que dans les symboles, la décision de la Haute Cour militaire s’inscrit comme un tournant.
Punchline Team