La journée du 10 décembre 2025 aura été marquée par un torrent de déclarations contradictoires autour de la situation sécuritaire à Uvira, au Sud-Kivu.
Au moment où les combats se rapprochent des zones urbaines, Gouvernement et AFC/M23 livrent chacun leur vérité, leur récit… et leur stratégie de communication.
Version Gouvernementale : “Repositionnement stratégique, menace écartée”
Une source gouvernementale, impliquée dans les opérations à l’Est, décrit une réalité opérationnelle complexe :
« Lorsque les éléments AFC/M23 s’installent sur les hauteurs et bombardent la ville, toute riposte expose directement les civils. Le seul moyen efficace aurait été de les bloquer bien en amont… et souvent, le choix difficile, c’est un repositionnement. Donc un retrait. »
Cette lecture met en avant un impératif : limiter les dégâts collatéraux, éviter un affrontement urbain direct, et maintenir les FARDC en position de défense mobile.
Selon Kinshasa,
La menace immédiate aurait été contenue
Uvira serait désormais sous contrôle gouvernemental
Les autorités locales appellent les habitants à reprendre progressivement leurs activités.
Mais sur le terrain, la situation reste fluide, les témoignages contradictoires, et les mouvements de population continuent.
Version AFC/M23 : “Ville libérée, sécurité garantie, discours de haine dénoncés”
Dans un communiqué publié à 13h04 (heure locale), devenu viral (42,8K vues), le Porte-parole de l’Alliance Fleuve Congo, Lawrence Kanyuka, délivre un message radicalement différent :
« Aujourd’hui, la menace a été écartée et nous confirmons que la ville d’Uvira est désormais libérée. Nous appelons nos compatriotes à reprendre leurs activités en toute sérénité : l’AFC/M23 est présente pour assurer leur protection. »
Le mouvement insiste également sur :
- la dénonciation depuis plus de trois mois de discours de haine et d’attaques ciblées contre certains groupes,
- des massacres attribués aux forces coalisées FARDC–Burundi,
- une invitation directe aux déplacés à “revenir dans leurs foyers libérés de toute tracasserie et violence.”
Un message calibré pour asseoir sa légitimité locale, consolider son ancrage dans la plaine de la Ruzizi et occuper l’espace médiatique dans un moment décisif.
Contexte 2025 : Uvira sous tension, bataille pour la narration
Les événements de ces dernières 72 heures s’inscrivent dans une dynamique plus large :
- L’AFC/M23 progresse dans plusieurs zones du Sud-Kivu.
- Les bombardements depuis les hauteurs — parfois attribués à des positions transfrontalières — accentuent la pression sur les FARDC.
- Des milliers de civils continuent de fuir vers Kavimvira, Sange ou la frontière burundaise.
- Des organisations humanitaires rapportent une dégradation rapide de la situation autour de Luvungi et Rurambo.
Dans ce contexte, chaque annonce devient un instrument stratégique :
Les FARDC rassurent, l’AFC/M23 affirme, les humanitaires alertent.
La vérité du terrain, elle, évolue au rythme des affrontements.
Punchline Team — Ce qu’il faut retenir
- Deux communiqués, deux victoires déclarées, mais une seule réalité : Uvira reste au centre d’un bras de fer militaire et narratif.
- Le Gouvernement parle repositionnement ; l’AFC/M23 parle libération.
- La population, elle, navigue entre peur, incertitude et fatigue.
- La bataille n’est pas seulement sur les hauteurs : elle se joue aussi sur les réseaux, dans les récits, et dans la manière de définir “libéré”.
Uvira n’est pas qu’une ville : c’est un symbole, un carrefour, une prise stratégique.
Et en 2025, chaque symbole a un coût… et un narrateur.
Punchline Team