Daniel Safu rallie le M23 et appelle à renverser le « pouvoir illégitime » de Kinshasa

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Goma, 11 décembre 2025

Dans des propos sans équivoque tenus à Goma, le député national honoraire et figure politique du Congo central, Daniel Safu, a officialisé son ralliement au mouvement du « leader charismatique » Corneille Nanga. Il affirme vouloir « combler le vide » entre l’Est et l’Ouest du pays pour mener une « révolution nationale » contre le pouvoir de Kinshasa, qu’il qualifie de « dictature illégitime ».

« Une révolution nationale, pas une rébellion »

Contestant d’emblée le qualificatif de « rebelle », Daniel Safu présente son engagement aux côtés de Nanga comme un acte révolutionnaire. « Il s’agit de la révolution, une révolution nationale », corrige-t-il, justifiant son apparente alliance contre-nature avec des figures comme Joseph Kabila, après des années d’opposition.

« Nous nous retrouvons dans un point focal : anéantir la dictature de Félix. Personne ne va me contredire, nous sommes en pleine dictature », assène-t-il, dénonçant un « terrorisme d’État » et une milice omniprésente jusqu’aux médias.

La légitimité du pouvoir en question : « Félix est un imposteur »

Le cœur du discours de Safu repose sur un déni radical de la légitimité de Félix Tshisekedi. « Félix n’a aucun mandat. Il n’y a jamais eu d’élection […] C’est un imposteur au sommet de l’État », affirme-t-il, parlant d’« esthétique de l’imposture ». Selon lui, la crise congolaise est purement politique et non sécuritaire : « Le problème du Congo se résume en deux mots : un problème de légitimité. »

Sa mission auto-proclamée ? Unifier l’Ouest, qu’il estime sans leader « redoutable » à la hauteur de Fayulu ou Mboso, avec la dynamique de l’Est.

« J’apporte mon soutien à la fois métaphysique, intellectuel, psychologique […]. Cette synchronisation de l’Est et de l’Ouest relève d’une conscience nationale », explique-t-il, se présentant comme le chaînon manquant pour une insurrection générale.

Des motivations personnelles assumées et un appel à l’insurrection

Interrogé sur d’éventuelles frustrations personnelles – la suspension de son mandat de député, la saisie de ses émoluments et de son passeport –, Daniel Safu assume : « Mais où est le mal ? ». Il voit dans ces griefs le reflet des exactions du régime et prédit que d’autres le rejoindront pour les mêmes raisons.

Son appel est sans ambiguïté : un soulèvement populaire.

« Nous devons nous lever comme un seul homme pour chasser la dictature hors de notre pays […]. Tous les Congolais, surtout ceux de Kinshasa, doivent se lever comme un seul homme. »

Il conclut ses déclarations par un vibrant : « Vive la révolution, vive Joseph Kabila, vive la révolution. »

Contexte et réactions attendues

Ces déclarations, enregistrées depuis Goma, marquent un tournant dans la galaxie de l’opposition congolaise. Elles rapprochent symboliquement une frange de l’élite politique de l’Ouest, représentée par Safu – qui revendique aussi des liens familiaux et ethniques avec la famille Kabila (« Kabila c’est mon beau-frère ») –, de la rébellion active à l’Est.

Cette profession de foi révolutionnaire et l’appel au renversement « au prix du sang » du pouvoir en place vont probablement attiser les tensions politiques à Kinshasa. Le pouvoir de Félix Tshisekedi, qui a récemment condamné Joseph Kabila pour haute trahison, y verra une confirmation de l’existence d’une « coalition de la déstabilisation » mêlant opposants historiques, rebelles et soutiens étrangers.

La « synchronisation Est-Ouest » évoquée par Safu reste pour l’heure un projet déclaratif. Sa capacité à mobiliser concrètement les populations de l’Ouest, loin des zones de conflit, constituera le premier test de la viabilité de cette nouvelle alliance contre le régime.

Grâce Diasongua