Goma, des manifestations de soutien à l’AFC/M23 : Mobilisation populaire ou rassemblements forcé?

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Nord-Kivu, RDC – Des milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi 23 décembre 2025 au stade de l’unité à Goma, la capitale du Nord-Kivu, et dans d’autres localités sous contrôle de l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) pour exprimer leur soutien au maintien de la rébellion dans les territoires qu’elle administre, dont la ville d’Uvira au Sud-Kivu.

Ces mouvements de foule surviennent dans un contexte de tensions persistantes entre les forces rebelles et l’armée congolaise (FARDC), malgré les avancées récentes du processus de paix de Doha.

Un rassemblement massif et des revendications populaires

Selon les organisateurs et des participants interrogés sur place, la manifestation visait à envoyer un message clair à la communauté nationale et internationale : les habitants réclament la poursuite de la présence de l’AFC/M23 dans leurs zones. De nombreux manifestants brandissaient des pancartes exigeant la paix et mettant en avant les services de base rétablis par l’administration rebelle, tels que la sécurité, l’eau et l’électricité.

« Grâce à l’AFC/M23, nous avons obtenu pour la première fois depuis l’indépendance ce que nous n’avions jamais connu : la paix, la sécurité, l’eau, l’électricité, une armée et une police professionnelles« , a affirmé un habitant de Goma sous couvert d’anonymat. Des témoignages similaires ont été rapportés dans d’autres localités contrôlées par le mouvement.

Des accusations de manifestations forcées

Cependant, ces rassemblements sont immédiatement contestés par les autorités congolaises et certaines sources locales, qui y voient une manœuvre orchestrée sous la contrainte. Dans la soirée du dimanche 21 décembre, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un individu se présentant comme un agent du M23, dans le quartier Murara de Goma, menaçant la population de « sanctions sévères » de la part des « autorités rebelles » en cas d’absence à la manifestation prévue pour le lendemain.

« Celui qui va s’absenter à la manifestation de demain sera sévèrement sanctionné par les autorités« , prévient l’homme dans l’enregistrement.

Cette déclaration vient étayer les accusations du gouvernement congolais, qui dénonce des « opérations forcées et orchestrées sous la menace des armes« , affirmant que la participation populaire est obtenue par l’intimidation et ne reflète pas une adhésion libre.

Réaction du gouvernement congolais

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a fermement condamné sur X les manifestations pro-M23, les qualifiant d’organisées sous la contrainte. Il a rejeté leur légitimité en déclarant : « Aucune adhésion ne peut s’obtenir dans la contrainte ».

Il a accusé le M23 et son soutien rwandais d’être des « tortionnaires » et « criminels » tentant de redorer leur image, et a exprimé son soutien aux populations des zones occupées, assurant que « la flamme de la résistance » ne s’éteindrait pas. Il a également averti : « Pour chaque crime, il y aura une réponse judiciaire. »

Contexte politique tendu et attentes autour du processus de paix

Ces manifestations interviennent à un moment crucial. Le 15 décembre 2023, l’AFC/M23 avait publié une déclaration annonçant un retrait unilatéral de ses forces d’Uvira, présenté comme une « mesure de confiance » pour donner « une chance maximale » au processus de paix de Doha. Le groupe exigeait alors des garanties pour la démilitarisation et la protection des populations.

Pourtant, les appels récents entendus à Goma et ailleurs vont à l’encontre d’un retrait, réclamant au contraire le maintien de l’administration rebelle. Des sources proches de la rébellion, citées par des médias locaux, évoquaient même une « très grande annonce » à venir concernant toutes les zones occupées, laissant planer le doute sur les intentions réelles du mouvement.

La situation reste extrêmement volatile dans l’Est de la RDC, où les civils paient le plus lourd tribut d’un conflit aux multiples facettes.

Grâce Diasongua