KINSHASA, 15 octobre 2025– Une étude approfondie sur la gestion des finances publiques locales dans six communes de la capitale congolaise dresse un constat accablant : malgré un potentiel fiscal important, la mauvaise gouvernance, les détournements et le non-respect des procédures privent les caisses communales de ressources vitales pour le développement.
Une mobilisation des recettes en berne
Réalisée entre mai et septembre 2025 par le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL) avec l’appui de l’Union européenne, l’enquête couvre les communes de Gombe, Kasa-Vubu, Lemba, Masina, N’Sele et Kimbanseke. Les conclusions sont sans appel : en moyenne, seulement 15% à 20% du potentiel fiscal est effectivement collecté. Sur les 34 taxes et droits que les communes sont censées percevoir, seuls 7 le sont régulièrement. L’Impôt Personnel Minimum (IPM), présenté comme une ressource majeure, n’est tout simplement pas activé.
Un système parallèle et des recettes détournées
Le rapport met en lumière l’existence d’un circuit informel de collecte, piloté par des individus non identifiés, souvent proches des Bourgmestres, qui perçoivent l’argent sans aucun mandat légal.
« Ces personnes sont généralement placées par les bourgmestres et s’identifient comme membres de son cabinet. Elles donnent même des ordres aux services taxateurs« , peut-on lire dans le document. Cette pratique favorise les pratiques frauduleuses et prive les communes de recettes substantielles.
Des procédures bafouées, une traçabilité impossible
Le principe de base de la comptabilité publique – l’unité de caisse – est allègrement violé. Les communes utilisent des comptes dans des banques commerciales au lieu de la Banque Centrale du Congo, et les fonds sont souvent dépensés directement après encaissement, sans respect du circuit officiel de la dépense. « L’enquête n’a pas pu constater la tenue de la comptabilité administrative« , note le rapport, soulignant une absence totale de traçabilité.
Une administration locale dépassée et politisée
L’étude pointe également du doigt le manque criant de personnel qualifié et la forte politisation des administrations fiscales locales. Les « Nouvelles Unités » (N.U.), des agents recrutés souvent sur des bases non professionnelles, sont majoritaires dans certaines communes. Cette situation entraîne fuite des capitaux et réduit l’efficacité de l’administration.
La rétrocession, un principe constitutionnel inappliqué
Malgré la Constitution qui garantit aux communes 40% des recettes d’intérêt commun perçues par la province, le taux de rétrocession effectif ne dépasse pas 4% et est même de 0% certaines années dans certaines entités. La Ville de Kinshasa est accusée de percevoir directement des taxes qui devraient revenir aux communes, sans jamais en reverser la quote-part.
Des recommandations pour une refonte en profondeur
Face à ce bilan désastreux, les experts formulent plusieurs recommandations urgentes, dont la digitalisation de toute la chaîne de recouvrement, la création d’une autorité locale des revenus, le renforcement des capacités des agents et une meilleure transparence budgétaire impliquant la participation des citoyens.
Une urgence pour le développement local
En définitive, ce rapport révèle que les communes de Kinshasa, bien que potentiellement riches, sont asphyxiées par des pratiques de gouvernance désastreuses. Sans une réforme courageuse et une volonté politique affirmée, l’espoir d’un développement local durable et d’une amélioration des services publics pour les habitants de la capitale risque de rester un vœu.
Grâce D.