Kolwezi, Lualaba — La grande cité minière de Kolwezi est plongée dans une forte tension sociale et sécuritaire, après de violents affrontements survenus entre creuseurs artisanaux et forces de l’ordre. Les heurts, qui ont éclaté suite à une mesure administrative récente, ont fait au moins deux morts et plusieurs blessés, selon plusieurs sources locales.
Origine de la colère : suspension de l’exploitation artisanale
La flambée de violence trouve sa source dans un arrêté signé par le ministre national des Mines, Louis Watum Kabamba, le 19 décembre 2025, suspendant les activités des entités traitant des minerais issus de l’exploitation artisanale, accompagnée de la fermeture des sites d’extraction et des dépôts de stockage des négociants. Cette décision a été perçue par les travailleurs comme une attaque directe à leur survie économique dans une région où l’artisanat minier constitue une source de revenus essentielle.
Colère, barricades et affrontements
En réaction, des creuseurs artisanaux ont manifesté dans plusieurs quartiers de Kolwezi, notamment Kanina, Luilu, 5 Ans et la Cité Gécamines, bloquant les routes principales et érigeant des barricades. Les confrontations avec les forces de sécurité, venues rétablir l’ordre, ont rapidement dégénéré en scènes de violence : tirs de dispersions, jets de pierres, et dégâts matériels ont été signalés dans de nombreux secteurs urbains.
Des véhicules, des panneaux routiers et des installations ont été endommagés, tandis que certaines zones restaient quasi désertes, les habitants craignant de nouveaux affrontements.
Un bilan humain et social lourd
Selon plusieurs témoignages récoltés par des médias locaux, au moins deux personnes ont été tuées lors des heurts, tandis que de nombreuses autres ont été blessées par les jets de pierres, les tirs ou lors de bousculades dans les rues encombrées. Des sources indiquent aussi que les affrontements ont causé des dégâts matériels importants et perturbé fortement la vie quotidienne des populations.
Réactions des autorités provinciales
Face à cette flambée de colère, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, a appelé au calme et demandé aux services provinciaux travaillant dans le secteur minier de poursuivre leurs activités, tout en préparant la mise en place d’une commission chargée d’appliquer l’arrêté du ministre des Mines. Elle a également encouragé les propriétaires de camions chargés de minerais avant la publication de l’arrêté à acheminer leurs produits vers les zones habituelles de commercialisation.
Un contexte minier sensible
La tension à Kolwezi intervient dans un contexte déjà délicat : la province du Lualaba, riche en cuivre et cobalt — deux minerais essentiels à l’économie nationale et mondiale — a été le théâtre de nombreuses frictions entre exploitants artisanaux, grandes sociétés minières et autorités étatiques. La marginalisation économique d’une partie de la population active, dépendante de l’exploitation artisanale, constitue un terrain fertile pour les conflits et les protestations.
Défis et perspectives
Ce nouvel épisode de violence à Kolwezi pose à nouveau la question de la régulation du secteur minier artisanal en RDC : comment concilier la volonté de l’État de formaliser et contrôler l’exploitation des ressources avec la nécessité de protéger les moyens de subsistance de milliers de familles ? Alors que la situation reste explosive, les appels à un dialogue entre tous les acteurs — autorités, exploitants artisanaux, entreprises minières et société civile — se font plus pressants.
Jennifer Luboya/Stagiare