WASHINGTON – Lors d’un rassemblement devant les élus républicains de la Chambre des représentants ce mardi, le président américain a une nouvelle fois fait usage de ses talents d’imitateur. Sa cible : Emmanuel Macron. Donald Trump a mimé une conversation téléphonique où il affirme avoir contraint Paris à céder sur le prix des médicaments sous la menace de sanctions douanières.
C’est un numéro désormais rodé, mêlant politique étrangère et mise en scène théâtrale. Face à un auditoire républicain conquis, Donald Trump a relaté avec force détails une négociation supposée avec son homologue français. Au cœur du récit : la volonté de Washington d’imposer une hausse des prix des médicaments en Europe pour, selon la rhétorique trumpienne, alléger la facture des consommateurs américains.
« Ne le dis pas à la population, Donald »
Adoptant une voix geignarde et feignant des sanglots, le locataire de la Maison-Blanche a caricaturé la réaction du président français face à ses menaces de représailles commerciales.
« Je lui ai dit : Emmanuel, si lundi tu n’as pas accepté tout ce qu’on demande, j’imposerai une taxe de 25 % sur tous les produits qui viennent de France ! », a lancé Donald Trump. Selon sa version des faits, Emmanuel Macron aurait alors imploré : « Marché conclu Donald, j’adorerai augmenter le prix de mes médicaments sur ordonnance de 200 % ! Cela serait un honneur Donald, tout ce que tu veux ! Ne le dis pas à la population Donald, je t’en supplie… »
Cette sortie s’inscrit dans une stratégie de longue date du président américain, qui accuse régulièrement les pays européens de « parasitisme » sur les coûts de recherche et développement de l’industrie pharmaceutique, financés en grande partie par le marché américain.
Une réalité factuelle bien différente
Pourtant, derrière le spectacle, les faits peinent à corroborer le récit présidentiel. Si un accord douanier a bien été conclu cet été entre les États-Unis et l’Union européenne — prévoyant une taxation de 15 % sur la majorité des exportations européennes vers le sol américain — le volet pharmaceutique évoqué par Donald Trump semble relever de la fiction.
En France, le prix des médicaments est strictement encadré par l’État via le Comité économique des produits de santé (CEPS). À ce jour :
- Aucune hausse massive des tarifs n’a été enregistrée ou annoncée.
- Le système de santé français reste fondé sur une régulation des prix visant à garantir l’accès aux soins, à l’opposé du modèle libéral souhaité par Washington.
Un climat diplomatique sous tension
Cette nouvelle saillie intervient alors que les relations transatlantiques sont déjà fragilisées par les dossiers commerciaux. En utilisant la dérision et l’imitation, Donald Trump cherche avant tout à rassurer sa base électorale sur sa capacité à faire plier ses alliés au nom du slogan « America First ».
Du côté de l’Élysée, le silence est pour l’instant de mise, la présidence française préférant généralement ne pas commenter les mises en scène oratoires du président américain lors de ses meetings ou réunions de parti.
Grâce Diasongua