Mardi 16 décembre 2025, le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, est monté au créneau sur plusieurs médias nationaux et internationaux pour dénoncer les menaces et intimidations dont auraient été victimes des habitants d’Uvira, ville récemment passée sous occupation de la coalition rebelle AFC/M23.
Cette réaction officielle intervient après l’organisation, à Uvira, d’une manifestation regroupant plusieurs dizaines de personnes, notamment des femmes et des jeunes, présentée comme une contestation du retrait annoncé du M23 et des pressions exercées par les États-Unis. Pour Kinshasa, il ne s’agit pas d’un mouvement spontané.
« Nous sommes préoccupés par la situation des intimidations et des menaces qu’ont subies nos populations ce matin, du fait, justement, de l’action du Rwanda à travers ce supplétif du M23. Une manifestation de mascarade qui s’est organisée sous des coups de fouet d’intimidation sur nos populations », a déclaré Patrick Muyaya.
Un retrait annoncé, mais conditionné
Dans la soirée du lundi 15 décembre, l’AFC/M23 avait annoncé son intention de se retirer d’Uvira, sans en préciser l’échéance, tout en assortissant cette décision de plusieurs conditions, notamment :
- la garantie de la sécurité des populations civiles ;
- la démilitarisation de la ville ;
- le déploiement d’une force dite neutre chargée de superviser la transition.
Pour le gouvernement congolais, cette annonce s’apparente davantage à une manœuvre politique qu’à un geste de désescalade réel.
Selon Patrick Muyaya, le M23 chercherait à détourner l’attention des médiateurs américains, alors que Washington envisage des mesures contraignantes contre Kigali, estimant que les événements d’Uvira constituent une violation manifeste des engagements internationaux, notamment :
- la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU ;
- le processus de Doha ;
- les accords de Washington.
Kinshasa rejette toute condition
Le porte-parole du Gouvernement s’est également interrogé sur la posture du mouvement rebelle :
« Pourquoi est-ce le M23 qui s’offre en sacrifice pour répondre à la pression américaine contre le Rwanda, en disant : “c’est moi le fautif, je vais quitter Uvira” ? »
Kinshasa réaffirme, de son côté, que tout retrait doit être total et sans condition, et concerner l’ensemble des villes et territoires occupés, conformément aux processus diplomatiques en cours, notamment ceux de Luanda, Doha et Washington.
Accusations américaines réitérées
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte international de plus en plus tendu. Vendredi 12 décembre, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le représentant des États-Unis a affirmé que le Rwanda avait participé de manière directe à la planification et à l’exécution des opérations militaires dans l’Est de la RDC.
Washington accuse notamment Kigali d’avoir :
- fourni un soutien logistique, matériel et en formation au M23 ;
- déployé entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais sur le territoire congolais.
Alors que la situation humanitaire et sécuritaire demeure critique à Uvira et dans le Sud-Kivu, Kinshasa appelle à des actes concrets de la communauté internationale pour faire respecter les engagements pris et mettre fin à ce qu’elle qualifie d’agression persistante.
Punchline Team