RDC – Affaire Ekenge : Tshisekedi rappelle les lignes rouges de la parole d’État

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La suspension du général-major Sylvain Ekenge, jusque-là porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), continue de provoquer de fortes réactions sur la scène sociopolitique nationale. Le dossier s’est officiellement invité à la réunion du Conseil des ministres du vendredi 2 janvier, tenue à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa.

Devant les membres du gouvernement, le président Félix Tshisekedi a tenu à réaffirmer un principe central : la parole publique engage l’État dans sa crédibilité, son autorité morale et sa capacité à préserver la cohésion nationale. À ce titre, toute expression émanant d’un responsable public — a fortiori d’une institution aussi stratégique que l’armée — doit obéir à des exigences strictes de retenue, de responsabilité et de respect des valeurs républicaines.

Selon le compte rendu officiel lu par le porte-parole du gouvernement, le chef de l’État a indiqué avoir suivi avec une attention particulière la récente intervention médiatique du porte-parole des FARDC sur la chaîne publique nationale.

« Des propos à caractère méprisant et stigmatisant ont été tenus à l’endroit des femmes de la communauté tutsie. Le président de la République a vivement déploré cette dérive de langage, qui ne reflète ni les valeurs de la République, ni l’éthique de responsabilité, ni la hauteur attendue d’une parole officielle », précise le document.

Une faute institutionnelle aux répercussions multiples

Pour le président Tshisekedi, garant de l’unité nationale et du bon fonctionnement des institutions, de tels propos fragilisent la cohésion sociale, nourrissent des tensions identitaires et portent atteinte à l’image et à la crédibilité de l’État, tant sur le plan interne qu’international.

Le chef de l’État a ainsi approuvé les mesures disciplinaires prises, tout en rappelant que la parole de l’État ne saurait être « improvisée, émotionnelle ou approximative », surtout lorsqu’elle touche à des questions ethniques, sécuritaires ou diplomatiques, susceptibles d’avoir des conséquences graves dans un contexte régional déjà instable.

Des propos jugés discriminatoires

Pour rappel, le général-major Sylvain Ekenge avait affirmé sur la RTNC que les femmes tutsies adopteraient une stratégie fondée sur la natalité afin d’assurer une supposée « suprématie démographique ». Il avait également évoqué des risques sécuritaires liés à cette communauté et mis en garde contre les mariages avec des femmes d’origine tutsie.

Ces déclarations, largement dénoncées comme xénophobes et discriminatoires, ont entraîné sa suspension immédiate de ses fonctions de porte-parole des FARDC. L’État-major général a souligné que ces propos n’engagent ni l’armée, ni le Commandant suprême, ni le Gouvernement.

Dans un communiqué distinct, le chef d’État-major général des FARDC, le lieutenant-général Jules Banza, a condamné ces déclarations et réaffirmé l’engagement de l’armée à assurer la défense de la souveraineté nationale dans le respect strict de la discipline, du professionnalisme et de la non-discrimination.

RTNC et exploitation politique régionale

Sur le plan médiatique, la direction générale de la RTNC a annoncé la suspension préventive d’Oscar Mbal, directeur intérimaire des informations télévision, pour avoir laissé diffuser des propos jugés stigmatisants.

Parallèlement, ces déclarations ont été largement relayées et instrumentalisées par certains responsables rwandais ainsi que par des cadres de la rébellion AFC/M23, dans un contexte marqué par une forte tension sécuritaire et diplomatique entre Kinshasa et Kigali.

Elles surviennent alors que les différentes parties s’accusent mutuellement de violations des engagements pris dans le cadre des processus diplomatiques de Washington et de Doha, censés favoriser une désescalade dans l’Est de la RDC.

Un signal politique clair

À travers cette séquence, le pouvoir congolais cherche à resserrer le contrôle de la parole institutionnelle, consciente que dans un contexte de conflit armé et de fractures communautaires, les mots peuvent devenir des armes.

Un message sans ambiguïté : l’État ne tolérera aucune dérive identitaire, quelle qu’en soit l’origine ou le rang de son auteur.

Punchline Team

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