Venezuela : Trump croyait l’affaire pliée, Moscou rebattre les cartes

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Washington pensait avoir frappé fort. Moscou a répondu plus vite que prévu.

L’opération américaine menée début janvier contre Nicolás Maduro, présentée par l’administration Trump comme un tournant décisif, devait symboliser la chute imminente du pouvoir chaviste. Arrestation, exfiltration, inculpations fédérales : sur le papier, le scénario semblait maîtrisé. Sur le terrain politique, il ne l’est pas.

Si Nicolás Maduro se trouve désormais hors du jeu institutionnel, le pouvoir à Caracas n’a pas basculé. Conformément à une décision de la Cour suprême du Venezuela, la vice-présidente Delcy Rodríguez a été investie présidente par intérim. L’annonce a été immédiatement suivie d’un ralliement public de l’état-major militaire, verrouillant toute tentative de vacance du pouvoir.

Transition interne, échec externe

Contrairement aux attentes américaines, la chute de Maduro n’a pas entraîné l’effondrement de l’appareil d’État. Les forces armées, les institutions judiciaires et l’administration centrale ont maintenu une continuité stricte, écartant de facto toute transition pilotée depuis l’extérieur.

Selon plusieurs sources diplomatiques relayées notamment par Reuters, Delcy Rodríguez a ensuite quitté Caracas pour Moscou, où elle aurait obtenu un soutien politique et sécuritaire explicite. Un signal fort, dans un contexte de confrontation stratégique accrue entre la Russie et les États-Unis.

Depuis la Russie, la dirigeante vénézuélienne a durci le ton :

« Le Venezuela ne sera jamais une colonie des États-Unis. »

Une déclaration qui a déclenché une réaction immédiate de Donald Trump, menaçant publiquement de sanctions plus sévères encore si la nouvelle autorité vénézuélienne refusait de coopérer avec Washington.

Au-delà de la justice, l’enjeu énergétique

Officiellement, les États-Unis justifient leur action par les poursuites judiciaires visant Nicolás Maduro pour narcotrafic et terrorisme. Mais dans les cercles diplomatiques et énergétiques, l’enjeu est plus large. Le Venezuela détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, un facteur central dans le bras de fer géopolitique actuel.

L’exfiltration de Maduro a pu donner l’illusion d’un succès rapide. Les développements récents suggèrent au contraire un durcissement du front russo-vénézuélien, rendant toute recomposition politique imposée depuis Washington hautement improbable à court terme.

Deux légitimités, deux camps

Alors que les États-Unis et plusieurs partenaires occidentaux continuent de soutenir Edmundo González Urrutia, figure de l’opposition issue de la présidentielle contestée de 2024, les institutions vénézuéliennes ont fait un autre choix. La Cour suprême et l’armée se sont rangées derrière Delcy Rodríguez, assumant une ligne clairement alignée sur Moscou.

Pour Washington, le constat est brutal : Maduro est parti, mais le système est resté. Et désormais, la Russie en est le principal garant.

Christian Ebengo

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