Lors de la conférence de presse du jeudi 4 décembre 2025 consacrée à la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso Nkualoloki, est revenu en profondeur sur l’origine réelle du conflit qui ravage l’Est du pays depuis trois décennies.
Son exposé replace le débat sur un terrain souvent sous-estimé : les causes économiques du conflit.
Une crise née de la lutte mondiale pour les matières premières
Selon Andrés Wameso, la guerre à l’Est ne découle pas initialement d’un simple antagonisme entre la RDC et le Rwanda.
À la fin de la guerre froide, les grandes puissances cherchaient à sécuriser l’accès aux matières premières stratégiques indispensables aux technologies modernes, notamment les téléphones et ordinateurs.
À l’époque, le Zaïre était appelé à privatiser ses entreprises minières. Une mesure rejetée lors de la Conférence nationale souveraine, aussi bien par l’opposition d’Étienne Tshisekedi que par la mouvance présidentielle.
Ce refus a bloqué l’ouverture du secteur minier. Une « troisième voie » politique avait été envisagée, mais n’a jamais abouti.
Face à cet impératif d’accès aux ressources, un « blanc-seing » a alors été donné au Rwanda et à l’Ouganda pour intervenir au Congo.
« C’est la raison fondamentale de la crise qui a déchiré notre pays durant 30 ans », a expliqué le gouverneur.
Un conflit qui appelle une réponse économique
Pour le gouverneur, une crise née de facteurs économiques ne peut être résolue que par des mesures économiques.
Il fallait clarifier la gouvernance des ressources stratégiques et affirmer la souveraineté congolaise dans leur exploitation.
C’est dans cette optique qu’a été conçu un cadre d’intégration économique régionale, fondé sur quatre secteurs : énergie, infrastructures, agriculture et tourisme, auxquels s’ajoute désormais un pilier clé : les matières premières.
L’objectif : garantir une coopération transparente et conforme aux intérêts de la RDC.
Entre deux cycles : du numérique à l’économie verte
Wameso situe ce moment dans une transition économique mondiale.
Il affirme que l’ancien cycle de l’économie numérique touche à sa fin, laissant place à celui de l’économie verte. Les matières premières stratégiques congolaises se retrouvent au cœur de cette nouvelle dynamique.
Deux axes structurent cette transition :
- Régler le passé, grâce au cadre régional d’intégration.
- Ouvrir un partenariat stratégique bilatéral entre la RDC et les États-Unis, cette fois négocié directement par Kinshasa.
Une société civile impliquée dans le processus
Le gouverneur souligne que la société civile a été consultée, de même que plusieurs entreprises occidentales impliquées dans l’exploitation des ressources de la région des Kivu.
Parmi les organisations citées : la fondation PAN, Global Witness, Human Rights Watch et The Sentry, toutes reconnues pour leur regard critique sur la gouvernance minière.
Leur participation visait à renforcer la transparence du nouveau cadre.
Une condition clé : le retour total de la paix
Wameso conclut en précisant que ce cadre d’intégration économique régionale ne pourra entrer en vigueur que si la paix revient entièrement dans les régions concernées.
La stabilité sécuritaire demeure donc indispensable à toute avancée économique.
Grâce D.