La République démocratique du Congo se retrouve en première ligne des pays exposés aux répercussions de la crise du financement international qui secoue la riposte mondiale au VIH en 2025. Selon le nouveau rapport de l’ONUSIDA, la chute de 30 à 40 % de l’aide sanitaire extérieure risque de provoquer un recul brutal dans l’un des systèmes de santé les plus fragiles d’Afrique centrale.
Un pays dépendant du financement international
Depuis plus de deux décennies, la lutte contre le VIH en RDC repose en grande partie sur des partenaires extérieurs — le Fonds mondial, PEPFAR, UNITAID et diverses agences de l’ONU. La baisse actuelle de l’aide internationale n’est pas un simple signal d’alarme : elle représente une menace directe pour des millions de Congolais, en particulier les femmes, les jeunes et les communautés vivant dans les zones en conflit.
Les services les plus menacés sont précisément ceux qui assurent la prévention, le dépistage précoce, la prévention de la transmission mère-enfant, la PrEP, et le soutien communautaire — autant de piliers essentiels pour contenir l’épidémie dans un pays vaste et aux infrastructures limitées.
Les femmes et les jeunes, premières victimes
La RDC fait partie des pays où les jeunes femmes et adolescentes restent parmi les plus exposées au VIH. L’effondrement annoncé des programmes de prévention destinés aux filles de 15 à 24 ans — déjà confrontées à des risques accrus de violence sexuelle, d’abandon scolaire et de pauvreté — pourrait entraîner une recrudescence des infections dans cette population.
En 2024, l’Afrique subsaharienne enregistrait déjà 570 nouvelles infections par jour chez les jeunes femmes. La RDC, qui partage des dynamiques sociales et économiques similaires, se retrouve donc en situation de vulnérabilité extrême.
Un impact aggravé dans l’Est du pays
Dans l’Est, où les crises humanitaires se superposent aux violences armées, les organisations communautaires jouent souvent un rôle vital pour l’accès aux soins. Or, le rapport révèle que plus de 60 % des organisations dirigées par les femmes dans le monde ont dû suspendre leurs activités en 2025 faute de financement.
En RDC, ces structures sont souvent les seules à atteindre les personnes déplacées, les survivantes de violences basées sur le genre, ou les populations clés invisibles dans les systèmes de santé classiques. Leur affaiblissement représente un risque humanitaire majeur.
Un risque réel de rupture du traitement
Pour les personnes vivant avec le VIH, le maintien du traitement antirétroviral est vital. Une interruption, même brève, peut entraîner une résistance virale, des complications graves et une augmentation de la transmission. Si certains pays africains sont parvenus à sécuriser les traitements malgré la crise, la RDC n’a pas encore annoncé de plan national d’urgence pour garantir la continuité des soins.
Sans soutien international renforcé, le pays pourrait faire face à :
des ruptures d’antirétroviraux, une baisse des dépistages en maternité, une hausse des infections infantiles, un recul dans la prévention mère-enfant, une augmentation des infections chez les jeunes et les populations clés.
Un tournant critique pour la RDC
Pour l’ONUSIDA, cette crise doit être l’occasion pour les pays les plus touchés — dont la RDC — de renforcer leur démarche de durabilité. Mais la Directrice exécutive Winnie Byanyima l’admet : la transition vers un financement national ne peut pas compenser une chute aussi abrupte des ressources internationales.
La RDC, où le système de santé souffre d’un sous-financement chronique, ne peut relever seule ce défi. Le pays est donc appelé à travailler sur plusieurs fronts :
sécuriser les partenariats internationaux, renforcer ses investissements domestiques, protéger les droits des populations marginalisées, et soutenir les organisations communautaires.
Un appel urgent pour éviter un retour en arrière
Avec plus de 40 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde, les choix politiques actuels détermineront si la RDC continue d’avancer vers l’objectif 2030 ou si elle glisse vers une crise silencieuse.
Le message est clair : sans solidarité internationale, l’un des programmes de santé publique les plus essentiels du pays risque de s’effondrer
Grâce D.