Kagame accuse le Burundi de mener une guerre cachée en RDC

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Kigali, décembre 2025 – Dans une série de déclarations tranchantes, le président rwandais Paul Kagame a levé le voile sur des tensions régionales longtemps tues, pointant du doigt le Burundi et remettant en cause le récit dominant sur les conflits qui déchirent l’Est de la République démocratique du Congo. Des révélations qui pourraient rebattre les cartes diplomatiques et sécuritaires de la région des Grands Lacs.

Un échange tendu entre présidents

Lors d’un récent compte-rendu, Kagame a rapporté un échange direct avec son homologue burundais, Évariste Ndayishimiye. Le sujet : la présence militaire du Burundi en RDC, bien après le retrait des forces de la Communauté est-africaine (EAC) et malgré le déploiement de celles de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

« J’ai demandé au président : le Burundi a-t-il rejoint la SADC ? Il a dit non », rapporte Kagame.


« Il m’a expliqué que le Congo avait demandé leur présence parce qu’ils sont amis. Mais quand j’ai soulevé le déploiement de ses troupes vers le nord, vers Goma et Rutshuru, il a nié. Peu après, des soldats burundais ont été capturés au combat dans ces mêmes zones. »

Ce déni officiel, rapidement contredit selon Kagame par des preuves sur le terrain, révèle une fracture grave de confiance entre les deux dirigeants, et met en lumière l’opacité qui entoure les mandats et mouvements militaires dans la région.

Une présence militaire « démesurée » et étendue

Selon Kagame, les troupes burundaises ne se limiteraient pas aux zones frontalières du Sud-Kivu (Uvira, Minembwe), officiellement justifiées par des problèmes sécurités transfrontaliers. Elles se seraient déployées bien plus au nord, dans des régions éloignées de leur frontière commune, et jusqu’à des provinces comme le Maniema et la Tshopo.

« Ce qui s’est passé à Uvira a révélé des milliers de soldats burundais opérant à Uvira, Minembwe, Kalemie, Kindu, et d’autres qui avaient déménagé à Walikale et Kisangani – plus de vingt mille au total », affirme le président rwandais.

Ce chiffre, s’il est avéré, pose une question stratégique majeure : comment et pourquoi une force étrangère aussi conséquente opère-t-elle sur le sol congolais, en dehors des cadres régionaux reconnus comme l’EAC ou la SADC ?

Des accusations graves : bombardements et silence international

Kagame porte des accusations particulièrement lourdes contre les forces burundaises, les accusant de mener des attaques contre des civils.

« Ils passent leurs journées à bombarder des gens à Minembwe avec de l’artillerie et des drones. Et ceux de la communauté internationale qui parlent sans fin – où sont-ils ? Les gens ont appelé à l’aide, et personne n’est intervenu. »

Ce récit contraste fortement avec le silence médiatique et diplomatique habituellement observé sur les actions du Burundi en RDC. Pour Kagame, ce silence est révélateur d’un deux poids, deux mesures criant de la part des chancelleries occidentales et des organisations internationales.

Le Rwanda, « bouc émissaire » commode ?

Le cœur du message de Kagame semble être une profonde frustration face à ce qu’il perçoit comme une diabolisation systématique de son pays.

« Puis récemment, après les combats à Uvira, un tollé international a soudainement émergé affirmant : “C’est le Rwanda”. Alors maintenant, le Rwanda devrait assumer la responsabilité de tous les problèmes qui se déroulent au Congo. »

À travers ces mots, le président rwandais cherche manifestement à :

  1. Complexifier le narratif simpliste qui oppose systématiquement Kigali à Kinshasa.
  2. Détourner une partie des accusations en pointant les actions d’un autre acteur régional.
  3. Dénoncer une injustice de traitement de la part de la communauté internationale.

Les enjeux sous-jacents : souveraineté, alliances et ressources

Cette sortie verbale intervient dans un contexte régional extrêmement volatile :

  • Jeu des alliances : La question de l’appartenance du Burundi à la SADC ou à l’EAC n’est pas anodine. Elle renvoie aux lignes de fracture géopolitiques qui structurent les interventions en RDC.
  • Souveraineté congolaise : La présence de multiples armées étrangères sur son sol – avec ou sans accord – interroge la capacité de l’État congolais à contrôler son territoire et sa politique de défense.
  • Concurrence régionale : Les propos de Kagame laissent transparaître une rivalité sous-jacente entre le Rwanda et le Burundi, deux pays aux relations historiquement complexes, qui se rejouerait aujourd’hui sur le théâtre congolais.

Une nouvelle phase dans la communication de crise ?

En rompant ainsi le silence sur ses échanges avec Ndayishimiye, Kagame adopte une stratégie de communication offensive. Il ne se contente plus de nier les accusations contre le Rwanda ; il passe à l’accusation directe contre un autre pays, et au questionnement public du rôle des institutions internationales.

Cette approche pourrait signaler une nouvelle phase dans la gestion diplomatique du dossier congolais par Kigali : moins défensive, plus agressive dans la bataille des récits.

Et maintenant ?

Les révélations de Paul Kagame jettent une ** lumière crue** sur les dynamiques opaques qui agitent la région. Elles appellent des réponses claires :

  • Le Burundi confirmera-t-il ou infirmera-t-il la présence de ses troupes dans le nord de la RDC ?
  • La RDC clarifiera-t-elle la nature de ses accords de sécurité avec le Burundi ?
  • La communauté internationale ajustera-t-elle son regard et ses condamnations pour inclure l’ensemble des acteurs en présence ?

Une chose est certaine : le paysage conflictuel de l’Est congolais vient de gagner en complexité. La guerre ne serait plus un simple face-à-face, mais une partie à plusieurs joueurs, où les alliés d’hier peuvent devenir les accusés d’aujourd’hui, et où la vérité semble être la première victime de l’engagement militaire.

Grâce Diasongua