RDC– Martin Fayulu : « L’accord de Washington était un piège, la RDC risque la balcanisation »

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Kinshasa, 12 décembre 2025 (France 24)

Dans un entretien accordé à France 24 depuis Kinshasa, l’opposant historique et figure de proue de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), Martin Fayulu, a dressé un tableau alarmant de la situation dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Il a fustigé les derniers accords de paix, pointé du doigt les responsabilités partagées de Paul Kagamé et Félix Tshisekedi, et lancé un vibrant appel à un dialogue national pour éviter, selon lui, la « dislocation » du pays.

Un accord « prévisible » et « déséquilibré »

À peine l’encre de l’accord historique signé à Washington sous les auspices de l’ancien président américain Donald Trump était-elle sèche que les combats reprenaient au Nord-Kivu. Pour Martin Fayulu, cette reprise des hostilités n’a rien d’une surprise.

« Non, c’est pas un accident, c’était prévisible. L’accord était un piège que monsieur Kagamé a tendu à monsieur Félix Tshisekedi », a-t-il affirmé sans ambages.

L’opposant analyse cette manœuvre comme une tentative du président rwandais de « se sortir des sanctions » internationales, en donnant le change à la communauté mondiale. Un accord, estime-t-il, « déséquilibré à l’avantage du Rwanda », mais que Kigali n’a de toute façon pas l’intention de respecter, poursuivant selon lui un objectif de « guerre économique et des terres ».

Des accusations à double détente

Fayulu ne mâche pas ses mots et répartit les responsabilités. Il accuse fermement Paul Kagamé de vouloir « prendre les localités et les ressources du Congo ». Cependant, il ne épargne pas non plus le pouvoir de Kinshasa. « Félix Tshisekedi est coupable », assène-t-il, lui reprochant le sabotage de la « vérité des urnes » après les élections de 2018 et, surtout, l’absence de « cohésion nationale » face à la crise.

« Nous avons dit à monsieur Félix Tshisekedi : ce qu’il nous faut, c’est un dialogue national inclusif pour que tous les enfants du Congo parlent le même langage », a-t-il plaidé, dénonçant l’exclusion du peuple congolais des processus de résolution.

La crainte de la « balcanisation »

L’avertissement le plus grave du candidat malheureux de 2018 concerne l’intégrité territoriale du pays. « L’objectif est la balkanisation du Congo », affirme-t-il, craignant un scénario où le Rwanda contrôlerait les Kivus, l’Ouganda d’autres régions, aboutissant à un démembrement du géant d’Afrique centrale. « L’intégrité territoriale du Congo est menacée. Il faut arrêter ça », insiste-t-il, en appelant à la communauté internationale.

Sa solution ? Une application « stricte » de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, exigeant le retrait du M23 et la fin du soutien rwandais, et le rétablissement des sanctions contre Kigali.

Un dialogue national « avec tous », y compris Kabila et le M23

Face à ce qu’il perçoit comme l’échec des processus de Nairobi et Luanda, Fayulu prône une solution interne radicale : un vaste dialogue national à Kinshasa. Et pour lui, « tous » doivent y participer. Il inclut sans hésiter Joseph Kabila, dont il évoque la « responsabilité » après 18 ans au pouvoir, notamment dans l’affaiblissement de l’armée.

« Kabila doit être là. [Le chef du M23] aussi doit être là. C’est un Congolais, il a certainement des raisons. Il s’agit de trouver une solution pérenne », justifie-t-il, estimant que même les condamnations (allusion à la condamnation à mort de Kabila pour trahison) ne doivent pas être un obstacle, sur le modèle de la Conférence nationale souveraine de 1991.

Un appel à la mobilisation patriotique

Pour fédérer cette unité, Fayulu en appelle à la constitution et à l’article 63, qui fait du devoir de défense du pays un impératif sacré. Il évoque la création de « Camps de la patrie », une mobilisation générale de la nation face à l’agression.

Malgré ses craintes d’un « effondrement », Martin Fayulu dit croire en la résilience du peuple congolais et en son désir profond de vivre ensemble. « Dans l’esprit des Congolais, le Congo doit demeurer uni et indivisible », conclut-il, lançant un ultime appel à la cohésion pour sauver le pays du pire.

Contexte : Ces déclarations interviennent dans un climat de regain de tensions au Nord-Kivu, où le M23 a repris l’offensive, et à Kinshasa, où la contestation politique et sociale grandit face à la gestion de la crise sécuritaire. La proposition de dialogue national de Fayulu rencontre à la fois un écho et une forte scepticisme dans une classe politique congolaise profondément divisée.

Grâce Diasongua