Alors que les affrontements entre AFC/M23 et FARDC se sont intensifiés depuis septembre 2025 sur les axes Nord et Sud-Kivu, la localité de Bunyakiri, située à seulement 36 km de la ligne de front, est devenue l’un des principaux points de chute des populations fuyant les combats.
Le résultat est brutal : surpeuplement extrême, pénurie alimentaire, risques épidémiques en hausse. Une bombe humanitaire à retardement.
Selon les dernières estimations de l’OIM (novembre 2025), sur les 1,6 million de personnes déplacées en six mois dans l’Est de la RDC, près de 180 000 se trouvent aujourd’hui entassées à Bunyakiri. Une zone initialement rurale qui absorbe désormais l’équivalent de la population d’une ville moyenne — sans l’infrastructure nécessaire.
Des conditions de vie indignes : une survie à ciel ouvert
Les récits convergent :
- familles entassées dans des abris de fortune,
- accès quasi inexistant à l’eau potable,
- ration alimentaire d’une seule portion par jour,
- propagation accélérée de maladies diarrhéiques, respiratoires et infectieuses.
Pour beaucoup, la fuite s’est faite en quelques heures. Tout a été perdu : terres agricoles, bétail, maisons — les piliers de leur survie.
« Elles vivent aujourd’hui dans des conditions qui favorisent l’explosion d’épidémies », explique Issa Moussa, chef de programmes MSF au Sud-Kivu.
À mesure que la population augmente, les structures de santé locales déjà fragiles s’effondrent sous la pression.
MSF renforce sa réponse médicale : l’urgence avant tout
Depuis septembre 2025, Médecins Sans Frontières soutient intensivement :
- l’Hôpital Général de Référence de Bunyakiri,
- le Centre hospitalier de Bitale,
- et cinq centres de santé (Bitale, Miowe, Muoma, Bagana…).
En 11 semaines, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- 13 300 consultations médicales externes,
- 1 861 accouchements, dont 208 césariennes,
- 274 interventions chirurgicales,
- 578 enfants malnutris pris en charge,
- 98 survivants de violences sexuelles soignés.
MSF couvre désormais :
- les urgences & soins intensifs,
- la chirurgie,
- la nutrition thérapeutique,
- les accouchements,
- la santé mentale,
- et la surveillance épidémiologique.
Un travail vital, dans une zone où le moindre retard peut coûter des vies.
Un appel clair : Bunyakiri ne peut pas affronter seule cette crise
La neutralité de MSF reste constante, mais les limites sont visibles :
« Nous ne pourrons pas tout couvrir. Il faut une mobilisation humanitaire massive », alerte Giulia Panseri, coordinatrice terrain de MSF.
L’organisation rappelle que l’escalade du conflit en 2025 rend certaines routes impraticables, bloque des convois et expose les civils à des risques quasi permanents.
Dans plusieurs zones, l’accès humanitaire reste entravé, imprévisible ou totalement impossible.
MSF intervient aujourd’hui dans Minova, Uvira, Baraka, Bunyakiri et Bukavu, mais souligne que la situation dépasse le cadre d’une réponse ponctuelle : c’est une crise régionale, nourrie par l’instabilité, les déplacements continus et le contrôle de zones minières stratégiques par des groupes armés.
Punchline finale
Bunyakiri n’est pas un simple point sur la carte.
C’est aujourd’hui le miroir d’une crise qui déborde, avance et engloutit tout sur son passage.
L’urgence n’est pas de commenter : elle est d’agir, et vite.
Deldique Nsasi