La Mission des Nations unies en RDC a officiellement transféré, jeudi 4 décembre 2025, sa base militaire d’Amee (territoire de Mahagi) aux FARDC, marquant une nouvelle étape dans le désengagement progressif de la MONUSCO annoncé fin 2024 et mis en œuvre en plusieurs phases à travers l’Ituri, le Sud-Kivu et le Tanganyika.
Selon la MONUSCO et des sources recoupées par Radio Okapi et Jeune Afrique, ce transfert intervient dans un contexte d’amélioration sécuritaire notable depuis deux ans, même si la région reste marquée par des poches de violence résiduelles.
Une base clé depuis 2020 : retour de déplacés et relance socio-économique
Installée en 2020, la base d’Amee — située à plus de 100 km au nord de Bunia — a joué un rôle stratégique dans la stabilisation des territoires de Mahagi et Djugu, longtemps éprouvés par les violences des milices CODECO, Zaïre, et plusieurs factions de groupes armés communautaires.
Grâce à la présence des casques bleus, les indicateurs humanitaires ont évolué positivement :
- Retour massif de déplacés ayant fui les massacres
- Reprise des cours pour des milliers d’enfants privés d’école depuis 2018
- Dynamisation des marchés locaux, activités agricoles et petit commerce
- Réouverture de centres de santé longtemps abandonnés
- Mise en place de comités locaux de paix soutenus par l’ONU et les autorités traditionnelles
« Les enfants ont retrouvé l’école, les marchés fonctionnent et les communautés respirent à nouveau », témoigne Pachuto Marie Stella, directrice d’une école primaire proche de la base, citée par Radio Okapi.
La base passe aux FARDC : 30 tentes, 15 projecteurs, et un défi de taille
Dans le cadre du transfert, les FARDC ont reçu 30 tentes opérationnelles, 15 projecteurs de sécurité périmétrique ainsi qu’un ensemble de structures modulaires installées par la MONUSCO pour renforcer la présence de l’armée dans la zone.
Le président territorial des jeunes de Mahagi, Christian Ngabu, rappelle que « la population attend de l’armée qu’elle protège les acquis de paix obtenus ces cinq dernières années », martelant que la stabilisation ne doit pas s’effriter au moment du départ des casques bleus.
Selon des données internes de l’ONU consultées par Reuters Afrique, la zone d’Amee est classée “améliorée mais encore sensible”, ce qui explique la prudence des autorités locales.
Des inquiétudes persistantes : le danger CODECO toujours réel
Si l’amélioration sécuritaire est réelle, plusieurs acteurs de la société civile rappellent que :
- des fragments de CODECO restent actifs dans les périphéries de Djugu,
- la milice Zaïre connaît une restructuration interne,
- les violences intercommunautaires Hema–Lendu n’ont pas totalement disparu,
- les tensions foncières demeurent sous-jacentes.
D’après le rapport des Experts de l’ONU (novembre 2025), les groupes armés de la zone « conservent une capacité de nuisance élevée, notamment via des attaques sporadiques contre les civils et les convois humanitaires ».
La population d’Amee redoute que le retrait de la MONUSCO ne crée un vide stratégique, un scénario déjà observé dans d’autres localités de l’Ituri après les premiers retraits de 2024.
Punchline Team – Conclusion
Amee tourne une page, mais pas encore le chapitre.
Les FARDC reprennent une base stabilisée, mais dans un environnement toujours inflammable.
Entre les acquis patiemment construits et les menaces qui rodent encore,
le maintien de la paix en Ituri se jouera désormais sans gilet bleu.
Deldique Nsasi