La République démocratique du Congo fait face à une accumulation de crises qui, mises bout à bout, composent l’une des situations les plus explosives du continent africain. Conflits locaux, rivalités coutumières, batailles autour des ressources naturelles, guerre sous-régionale, catastrophes climatiques et épidémies meurtrières : rarement le pays aura cumulé autant de facteurs de fragilité en même temps.
Une instabilité enracinée dans les terres, le pouvoir coutumier et les ressources
Les conflits fonciers, les contestations liées à la succession coutumière et les affrontements autour des minerais stratégiques continuent d’alimenter une violence diffuse, souvent ignorée mais profondément structurante.
À cela s’ajoutent les tensions régionales qui se jouent à travers des groupes armés soutenus de l’extérieur, un facteur déterminant dans la dégradation sécuritaire.
Un pays parmi les plus vulnérables au changement climatique
Classée cinquième nation la plus exposée au dérèglement climatique, la RDC subit inondations, érosions, glissements de terrain et sécheresses, sans disposer des infrastructures capables d’y répondre. Les épidémies, choléra, Mpox, Ebola — aggravent encore un tableau déjà sombre, touchant une population dont la majorité n’a aucun filet de sécurité.
“La prévention est invisible” : un défi politique majeur
Pour Bruno Lemarquis, haut responsable onusien, la prévention reste le parent pauvre des politiques publiques :
« La prévention est invisible, elle ne s’inaugure pas. »
Mais la réduction drastique de l’assistance internationale, notamment celle des États-Unis, pilier historique du financement humanitaire, crée une fenêtre d’opportunité : reconstruire des politiques centrées sur l’anticipation plutôt que la réaction.
« La meilleure réponse humanitaire, c’est de diminuer les besoins humanitaires. »
30 ans de crise : la plus longue et la plus ignorée au monde
Depuis trois décennies, la RDC traverse ce que Lemarquis décrit comme “la crise humanitaire la plus prolongée de la planète” :
- 21 millions de personnes ont besoin d’aide,
- 5,7 millions sont déplacées internes,
- plus d’un million ont fui à l’étranger.
Une crise devenue quasi structurelle, souvent normalisée, parfois tolérée, et qui frappe de manière disproportionnée les femmes et les filles, premières victimes des violences et de la précarité.
La chute de Goma et Bukavu en 2025 : un tournant silencieux
La prise de Goma et Bukavu par le M23 en janvier 2025 a transformé la géographie des déplacements.
Les camps ont été démantelés, provoquant des retours massifs — parfois sous contrainte — vers des villages où l’accès à la terre est disputé.
Cette recomposition forcée menace d’allumer de nouveaux foyers de conflits, invisibles aujourd’hui mais explosifs demain.
Réformes structurelles urgentes : terres, coutumes, économie
Pour rompre le cycle de crises, Lemarquis appelle à des solutions de fond, longtemps oubliées :
- clarifier et harmoniser les règles de succession coutumière,
- résoudre les conflits fonciers par des mécanismes crédibles,
- investir réellement dans le développement économique local.
Il rappelle également que, malgré la défaillance des institutions et la baisse de l’aide internationale, la première assistance en RDC reste la solidarité interne, celle des familles, des communautés et des églises.
“Il faut sortir de la dépendance” : vers un changement de paradigme
La conclusion est sans ambiguïté :
« Il faut sortir de la dépendance à l’aide et bâtir la résilience. »
Alors que l’attention du monde se détourne et que les financements s’effondrent, la RDC doit urgemment passer d’un modèle de survie à une stratégie de prévention, de stabilisation et de reconstruction.
Deldique Nsasi