Kinshasa, 17 novembre 2025, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a donné des instructions fermes pour préparer la réouverture de l’aéroport international de Goma à des vols humanitaires, suscitant des réactions contrastées dans l’Est du pays. Tandis que le gouvernement congolais y voit un moyen de soulager la crise humanitaire, l’Alliance Fleuve Congo / M23 (AFC-M23) s’y oppose catégoriquement, affirmant son autorité sur cette infrastructure.
Le point de vue du gouvernement congolais
Lors du Conseil des ministres du 14 novembre 2025, Tshisekedi a demandé une coordination entre les ministères de l’Intérieur, des Transports et de la Défense pour créer « les conditions sécuritaires et logistiques » nécessaires à cette réouverture. Il a notamment préconisé l’intégration des recommandations du CICR en matière de protection des aéronefs, de circulation des humanitaires et de garanties de sécurité.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a réaffirmé que tout vol à destination ou en provenance de Goma devra être autorisé par les autorités congolaises et ne concerner que des missions humanitaires pendant la journée. Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « manœuvres » du M23 et du Rwanda pour s’ingérer dans ce dossier. Lors d’une émission à la RTNC, il a clairement déclaré que « ni le Rwanda ni le M23 n’ont aucune autorité » sur l’aéroport.
La réaction des rebelles de l’AFC-M23
L’AFC/M23 a publié un communiqué très dur, jugeant l’initiative de Tshisekedi « illusoire » et « inacceptable ». Selon eux, Kinshasa n’a pas la légitimité pour décider de la réouverture d’infrastructures dans des zones qu’ils contrôlent. Ils affirment que l’aéroport pourra être rouvert seulement par eux, et non par le gouvernement congolais.
Corneille Nangaa, coordonnateur du M23, a quant à lui accusé Kinshasa de cynisme, affirmant que la décision est prise sans consultation et qu’elle constitue une « punition collective » des populations locales.
Les enjeux et défis
• Souveraineté nationale vs pouvoir de facto : Pour Kinshasa, le contrôle des infrastructures aéroportuaires relève de la compétence de l’État, même si le M23 exerce un contrôle militaire sur la ville.
• Sécurité et logistique : Le gouvernement insiste sur la nécessité de garanties sécuritaires pour assurer des vols humanitaires en toute sécurité, conformément aux normes internationales.
• Crise humanitaire : L’aéroport pourrait faciliter l’acheminement de l’aide vers une région en grande détresse, notamment via des corridors humanitaires.
• Dimension diplomatique : L’annonce de la réouverture s’inscrit dans le cadre de la médiation internationale, avec l’implication de plusieurs partenaires étrangers.
L’initiative de réouverture humanitaire de l’aéroport de Goma, portée par le président Tshisekedi, est perçue comme un geste politique fort, mais elle se heurte à une résistance ferme du M23, qui revendique la souveraineté sur la zone. Le succès de ce projet dépendra largement de la capacité des parties à trouver des garanties de sécurité et un consensus, tout en répondant à l’urgence des besoins humanitaires sur le terrain.
Grâce D.